Audimat 5

Audimat 5

Audimat, la revue de critique musicale éditée par Les Siestes Electroniques fête la sortie de son numéro 5 (déjà). Sommaire détaillé ci-dessous.

Frédéric Junqua - « The Blue Nile, un artisanat de l’artifice »
On a longtemps cru avoir rêvé The Blue Nile. Personne ne nous avait jamais parlé de ces Écossais, cousins éloignés de Talk Talk ou d’Aztec Camera, ni de leur élégant désespoir, de cette pop faussement ligne claire, très mélancolique et très produite. Rien, dans leur effondrement serein, mouillé, presque fade à force de retenue, semblait n’avoir existé. Aussi a-t-on cru revivre le songe lorsqu’on a l’an dernier entendu leur chanson « From a Late Night Train » discrètement placée en arrière-fond d’une scène de Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin. Mais il s’agissait bien de la voix du crooner malgré lui Paul Buchanan et des claviers à l’époque dernier cri de Paul Moore qui scintillaient dans l’aube roubaisienne accompagnant les deux jeunes héros de l’histoire. On a donc contacté, sans bien savoir quoi lui dire, le superviseur musical du projet, Frédéric Junqua, qui nous a appris qu’il avait aussi écrit un livre et qu’il était à moitié écossais. Il devenait alors difficile de ne pas lui demander un article sur The Blue Nile pour Audimat. Le texte qu’il nous a donné ne se contente pas de palper la réalité du trio de Glasgow : il décrit les éléments moraux, sociaux ou techniques que fait résonner leur musique. Et surtout, il plonge sans crainte au cœur de l’attachement irraisonné qu’elle déclenche.

Pierre Evil & Fred Hanak - « Gangsta-Rap : un post-scriptum (2005-2015) »
Animateur de la légendaire et érudite émission Mondial Twist sur Fréquences Paris Plurielles entre 1993 et 2002, Pierre Evil a par ailleurs beaucoup écrit sur le rap américain, notamment pour le magazine Chronic’art. C’est là qu’il rencontrera Fred Hanak, lui aussi critique hip-hop et par ailleurs musicien au sein du groupe dDamage. Pierre signera en 2005 le livre Gangsta Rap, tandis que Fred publiera deux ans plus tard Combat Rap avec Thomas Blondeau, autre brillant spécialiste du genre. Les années ont passé mais le rap continue plus que jamais d’occuper le terrain et les deux garçons ont décidé d’écrire pour Audimat un long post-scriptum à l’ouvrage de Pierre. Reprenons donc avec eux une décennie d’histoire du genre gangsta et de ses principales figures, qu’ils présentent comme autant de révolutionnaires messianiques qui scandent l’apocalypse pour mieux l’installer, et si possible en tirer quelques dollars.

Laurent Fintoni - « Le hip-hop des 90s ou l’illusion du sacré »
Depuis trois ou quatre ans, il ne se passe plus un mois sans que le Ministère du patrimoine du rap américain ne fête le vingtième anniversaire de la sortie d’un album classique de ce qui est devenu la « grande époque » du hip-hop. Cette ère bénie, c’est celle du son new-yorkais dit « boom-bap », représenté en vrac par Notorious B.I.G., le Wu-Tang, le Boot Camp Click, A Tribe Called Quest ou encore l’école de Queensbridge. Mais cette époque dorée a aussi voire surtout appartenu à des centaines d’artistes de Big Apple restés confidentiels, mais tous habités par la même inspiration à rapper comme si leur vie en dépendait et/ou à produire les beats les plus mystifiants possibles. Chez Audimat et ailleurs, on a beau aimer autant sinon plus la suite de l’histoire — le Sud, le minimalisme, la crise du groove, Kanye, etc. —, on trouve que plus le temps passe, plus le rap des années 1990 s’installe définitivement dans la catégorie des musiques sacrées d’aujourd’hui. Laurent Fintoni, Français depuis si longtemps exilé outre-Atlantique qu’il écrit désormais en anglais, propose ici une sorte d’autopsie du corps de ce Christ sonore qui, qu’on le veuille ou non, ne saurait être réduit à un simple fétiche de la muséification réactionnaire.

James Parker & Nicholas Croggon - « Critique moderne et révisionnisme pop »
Pourquoi la grande majorité de la critique musicale contemporaine nous semble-t-elle trop souvent si peu pertinente, si peu audacieuse, si désireuse de se soumettre aux nouvelles tables de la loi édictées par le Rétromania de Simon Reynolds il y a déjà cinq ans — en un mot si ennuyeuse ? Résignation ? Conformisme ? Paresse intellectuelle ? Les critiques australiens James Parker et Nicholas Croggon proposent dans ce texte une explication différente, plus insidieuse, à ce travers très moderne. En scrutant l’habitus critique, ils isolent un concept, le rétro-historicisme. Sous le goût en apparence immodéré pour le travail d’archives et l’esprit de catalogue, seule grille de lecture désormais envisagée par la critique, serait tapie non pas une fascination pour un passé musical fantasmé forcément plus noble que notre trivial présent, mais un « désir d’avenir » empreint d’idéologie, aveugle et sourd (un comble) face aux gestes révolutionnaires qui ont marqué le XXe siècle. À un jet de pierre, donc, du révisionnisme. On le verra, le raisonnement peut paraître un brin tortueux, vaguement provocateur dans sa manière de plier Duchamp ou les Daft à son cheminement, il n’en reste pas moins stimulant et à même de nourrir la réflexion qu’Audimat tente de produire depuis ses débuts.

Quentin Delannoi - « L’inclassique Olivier Greiff »
Audimat n’avait jusqu’ici jamais parlé de musique classique. Lorsque Quentin Delannoi, qui avait déjà signé un texte sur Drexciya dans le numéro 1 de notre revue et qui par ailleurs enseigne le français au lycée, nous a parlé du compositeur Olivier Greif (1950-2000), nous sommes d’abord restés sceptiques. Quand nous avons compris qu’il s’agissait d’un compositeur de musique classique précisément fort peu classique puisqu’il avait en plein règne sériel pris le parti de la tonalité et de l’accessibilité via l’intégration de formes plus populaires, avant de se convertir à l’hindouisme et de composer de longues plages pour synthétiseur sur des cassettes sorties en pressage privé au sein de sa communauté, nous avons décidé de laisser Quentin nous déclarer en détail sa flamme pour ce musicien encore assez méconnu. Peu compétent pour nous prononcer sur la qualité du travail de ce dernier — même si nos oreilles profanes aiment beaucoup —, nous nous sommes contentés de croire en la passion que notre auteur transmet dans ce texte, et au plus haut respect qu’il accorde à ses émotions et à leur minutieuse retranscription. Souhaitons, le temps de vous faire un avis, qu’une fois ne soit pas coutume et qu’à l’avenir Audimat se permette à nouveau d’aborder la musique savante.

Stefan Goldmann - Interview de Mike Daliot - « Le grand complot des presets »
Le débat a fait rage « à la rédaction » : faut-il, oui ou non, publier cet entretien fleuve entre deux techniciens avertis, discutant de la pertinence et de l’impact des presets (ces sons conçus par des ingénieurs et intégrés par défaut aux synthétiseurs, boîtes à rythmes et aux logiciels de musique) ? Audimat a-t-il vraiment vocation à parler technique ? Le consensus, autant vous le dire tout de suite, n’a jamais été trouvé. Mais cette conversation à bâtons rompus entre Stefan Goldmann, producteur techno allemand et théoricien passionné, et l’Autrichien Mike Daliot, développeur et sound designer pendant plus d’une décennie chez l’influent éditeur de logiciels Native Instruments (on lui doit, entre autres, les synthétiseurs virtuels Massive et Lazerbass — deux outils majeurs du courant dit « brostep » représenté par Skrillex et consorts —, ainsi que les effets du logiciel pour DJ Traktor), aujourd’hui professeur en sound studies à l’Université des Arts de Berlin, soulève in fine suffisamment de questions passionnantes pour avoir sa place ici. Extraite du livre d’entretiens de Goldmann, Presets – digital shortcuts to sound (The Bookworm, 2014), cette discussion à bâtons rompus entre nos deux protagonistes livre une belle réflexion — aux conclusions parfois surprenantes — sur la musique d’aujourd’hui, ses corollaires, son contexte : les compromis commerciaux des fabricants, la complexité excessive des outils, la perspective historique, l’origine des sons, leur sens et leur fonctionnement... Si sa lecture peut s’avérer un peu ardue pour les profanes, elle n’en reste pas moins essentielle pour celles et ceux qui aiment jeter un œil en coulisses. Les enjeux du sound design appliqués à la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) sont en effet au cœur d’un débat sous-estimé : quelle est la part de créativité de l’ingénieur, quelle place l’industrie, comme les utilisateurs, lui réservent-ils et en quoi l’outil technique influence-t-il le musicien ?

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