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Présentation

Les Siestes Electroniques et le Musée du Quai Branly s’associent pour proposer une déclinaison originale de la manifestation toulousaine. Fruit d’une triple réflexion autour des thèmes de la diversité culturelle, du nomadisme et de la lenteur, le projet propose chaque année à une petite dizaine de musiciens un accès exceptionnel au fond audio du musée.

Si Les Siestes se consacrent aux musiques aventureuses, force est de constater que celles-ci ne sont pas forcément qu’actuelles, loin s’en faut. Ne faisons donc pas de jeunisme et stoppons un instant notre course effrénée à la dernière sensation du moment. Une partie de notre patrimoine sonore nous défriserait sérieusement les tympans si nous y prêtions attention. C’est là tout l’objet de notre partenariat avec le Musée du quai Branly : explorer leurs collections audio, y dénicher des perles et vous les faire écouter par le truchement de pièces sonores ou dj sets produits par des musiciens dont l’oreille est particulièrement experte.

- Le musée du Quai Branly : le plus grand musée au monde dédié aux cultures non-occidentales avec une collection de plus de 300 000 œuvres provenant d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques.
- La collection audio du musée : plus de 5000 cds ... une collection unique de chants d’enfants enregistrés aux quatre coins du monde, des chansons Yiddish, de jeux vocaux Inuit, les chants des pêcheurs de perles du Bahreïn, chants d’amour et de sagesse d’Anatolie, musique zen pour shakuhachi ...

La 4ème édition parisienne du festival se tiendra tous les dimanches après-midis du mois de juillet : les 6, 13, 20 et 27 juillet 2014, de 16 à 18h.

ARCHIVES : Edition 2014 / Edition 2013 / Edition 2012 / Edition 2011





Edition 2014

Giai Dieu #57 X, Joakim, Kindness, Bambounou, Heatsick, Frédéric Sanchez, Ron Morelli, Les cris de Paris et Frank Fairfield étaient au programme en 2014.

Présentation des dj sets et concerts passés

Giai Dieu #57 X
Le ca trù (prononcez « ka tchou ») est un genre musical de divertissement spécifiquement nord-vietnamien joué dans les salons lors de sessions informelles pendant lesquelles on se retrouve pour discuter et boire de l’alcool de riz. Lent et austère, il comporte des modes, des rythmes et des ornements codifiés. Sa forme embryonnaire daterait de la dynastie Ly (1009-1225) mais l’ensemble que l’on connaît aujourd’hui date de la fin du XVIIIe siècle. Le chant qui donne la mélodie ne peut être exécuté que par une femme. Celle-ci déclame des poèmes d’amour, d’ambition ou de pessimisme grâce à une technique originale de vibrato (dô hôt) qui cherche à imiter le son des perles qui tombent sur une table. Elle ponctue son chant avec le phach, une lame de bambou posée au sol et frappée avec deux bâtonnets. Le chant est accompagné par un joueur masculin de dàn day, un luth à trois cordes, une caisse trapézoïdal et un long manche comportant des frettes très hautes. L’orchestre est complété par un auditeur-poète qui joue du trông châu, un petit tambour à deux peaux frappé avec une baguette. Ce dernier marque la structure du morceau tout en donnant son avis sur la performance grâce à des formules rythmiques stéréotypées. Ainsi, il peut hâter le commencement du concert, féliciter la chanteuse ou encore la renvoyer si elle ne lui convient pas. À chaque coup de tambour marquant un mot ou un passage particulièrement bien exécuté, on donnait traditionnellement à la chanteuse une lamelle de bambou portant des idéogrammes (trù). À la fin de la séance, la chanteuse et ses musiciens échangeaient ces lamelles contre de l’argent au taux préalablement fixé à deux ou trois pièces par lamelle. Parce qu’il a été souvent joué dans les maisons closes sous la monarchie, le ca trù est marginalisé et tombe en désuétude après la révolution communiste menée par Ho Chi Minh en 1945. Ceci avant d’être ressuscité dans les années 1970 grâce à certains ethnomusicologues et de nouveaux clubs d’Hanoi qui encouragent les jeunes à apprendre ces chants.

Joakim b2b Kindness
Adam Bainbridge alias Kindness est le neveu du célèbre ethnomusicologue anglais John Blacking (1928-1990). Pianiste de formation et élève de l’anthropologue Meyer Fortes, il se distingue dès les années 1950 en étant le premier à appliquer à l’étude de la musique les enseignements de Bronislaw Malinowski qui préconisait à travers le concept de l’observation participante l’ethnographie détaillée des populations étudiées. Il se démarque des grands collecteurs du début du XXe siècle, qui restaient peu auprès des musiciens qu’ils enregistraient, en affirmant la nécessité d’un contact prolongé pour participer à la vie musicale du groupe social étudié et connaître la langue, la structure sociale et le contexte culturel qui la sous-tendent. En 1956, il entame ainsi un travail de terrain intensif de vingt-deux mois chez les Venda, une population qui vit dans une région montagneuse en Afrique du sud, près de la frontière avec le Zimbabwé, et qui compte aujourd’hui plus d’1 million de membres. Il apprend les chansons enfantines, joue dans les ensembles de tambours et de flutes et s’exerce aux pas de danse. C’est dans cette expérience qu’il a puisé l’essentiel de la démonstration de son ouvrage le plus connu, How musical is man ?, traduit en français par Le sens musical. Dans la société venda, une part importante des individus est capable de chanter et de jouer un instrument, ceci dès l’enfance, contrairement aux sociétés industrielles hiérarchisées dans lesquelles la majorité est exclue de la pratique musicale. Chez les Venda, elle est le ciment de la cohérence du groupe et des échanges entre ses membres, notamment à l’occasion des temps forts du calendrier (fêtes de lignage, initiation des jeunes). Le développement des aptitudes musicales ou son absence dépendent donc des fonctions occupées par la musique dans la société. Ce constat permet à Blacking de développer la thèse suivante : « Si l’on veut estimer la valeur de la musique dans la société et la culture, il faut la décrire eu égard aux attitudes et aux processus cognitifs qu’implique sa création et aux fonctions et effets du produit musical dans la société. Il s’ensuit qu’il devrait y avoir des rapports structuraux étroits entre la fonction, le contenu et la forme de la musique. » Ainsi, la musique que Blacking décrit comme du « son humainement organisé » apparaît comme un tout en relation structurale avec toutes les autres composantes de la société étudiée. Cet ouvrage facile à lire et à recommander à tous les mélomanes dépasse le cadre strict de l’ethnomusicologie par sa proposition pragmatique, humaniste et optimiste. Selon Blacking, la musique facilite la communication entre les individus et suscite le meilleur d’eux-mêmes. « Si nous en apprenons davantage sur la complexité automatique du corps humain, nous serons peut-être en mesure de prouver d’une manière concluante que tous les hommes naissent munis de grandes possibilités intellectuelles, ou au moins d’un très haut niveau de compétence cognitive et que la source de la créativité culturelle est la conscience qui naît de l’activité sociale commune et des échanges d’amour. »

Bambounou
Bambounou a fait le choix de convoquer dans le même set des sources venues de tous les continents. Les chants des muezzins d’Alep, les chants d’amour éthiopien et les tambours du candombe uruguayen se conjuguent à merveille et délivrent une vibration d’une heure, aérienne et intense.

Un des album utiliser par Bambounou : Cult music of Trinidad, Folkways Records, 1961
En 1960, l’anthropologue américain George Eaton Simpson (1904-1998) se rend sur l’île de Trinidad pour étudier et enregistrer deux cultes pratiqués par les afro-descendants. Le disque publié par Folkways quelques mois plus tard présente différentes cérémonies organisées dans des sanctuaires dédiés à des shango, des divinités dérivées des orisha des Yoruba du Nigéria. Les croyances et les rituels du shango reprennent également des éléments du catholicisme. La musique qui accompagne le culte et fait se mouvoir les danseurs est jouée par des ensembles de trois tambours à deux peaux frappées avec des baguettes et racleurs en bois. D’autre part, George Eaton Simpson s’est intéressé aux messes organisées par les Shouters ou Spiritual Baptists, les membres d’un courant religieux syncrétique qui lui aussi assemble des éléments de cultes africains avec d’autres tirés du christianisme. L’anthropologue a enregistré la messe dans plusieurs églises. Les chants sont rythmés par les frappements de main et par quelques cloches.

Le reste des albums utilisés
Syrie : chants religieux de l’Islam / Ocora
Éthiopie : chants d’amour / MCM Auvidis, 1997
Mali : musiques et chants des Dogons / Buda, 1995
Sudan : music of the blue Nile province. The Ingessana and Berta tribes / Auvidis, 1996
Sindhi soul session / World network
Uruguay : tambores del candombe / Buda

Heatsick
En préparant sa participation aux Siestes électroniques, Steven Warwick alias Heatsick s’est épris des polyphonies vocales du sud de l’Albanie. Appelées isopolyphonies, elles sont constituées d’une partie qui exécute l’essentiel du chant et d’un contre-chant qui lui répond et sont toujours accompagnées d’un bourdon, c’est-à-dire une note continue sur laquelle se développe la mélodie. Elles sont pratiquées par des groupes de 2, 3 ou 4 hommes lors des mariages, des funérailles, des moissons ou encore pendant des festivals. Chez les Tosques qui vivent au sud de la rivière Shkumbin, les polyphonies se distinguent par leur lyrisme et leur romantisme. Les chanteurs se relaient pour entretenir le bourdon facilement reconnaissable puisqu’il s’agit toujours de la voyelle « e ». En descendant vers le sud du pays, on rencontre les Lab qui pratiquent plusieurs sous-styles régionaux empreints soit de douceur, soit au contraire de rudesse. Dans certains cas, on peut entendre un double bourdon chantés par un soliste et un chœur. Enfin, à l’extrême sud, on est touché par la mélancolie des polyphonies des Tchames, les Albanais musulmans, qui expriment le souvenir de l’exil de la Grèce. Toutes ces polyphonies vocales à bourdon du sud de l’Albanie ont été classées chef-d’œuvre du patrimoine culturel immatériel par l’Unesco en 2005.

Frédéric Sanchez
Frédéric Sanchez a voulu que sa composition présente à la fois un aspect poétique et un aspect synthétique. L’un des morceaux utilisés pour l’aspect poétique est Cveti mi fijolica (« Eclos pour moi, ma violette »),tiré du disque Croatie, musiques d’autrefois (Ocora, 1997). Ce disque regroupe des enregistrements datant de 1958 à 1993, qui proviennent des archives de la radio croate HRT. Il propose un aperçu des musiques, chants et danses des cinq principales régions du pays. Cveti mi fijolica est une courte chanson d’amour a capella, interprétée par la chanteuse Tereza Marcinjas, sur laquelle on ne sait rien. La chanson a été enregistrée en 1958, et elle utilise le dialecte kaïkavien, qui est parlé dans le nord du pays, dans la région de Zagreb. Le poème est adressé à une violette, dont la chanteuse vante la beauté. Elle lui demande de ne fleurir et de ne délivrer son parfum que pour elle seulement. La chanson apparaît dans le mix à 4’34, puis revient à plusieurs reprises comme une sorte de fil rouge. Frédéric Sanchez a également utilisé d’autres morceaux pour leur aspect synthétique, purement sonore, dont Brood X, tiré du disque Brokenhearted Dragonflies : Insect Electronica from Southest (Sublime Frequencies, 2004). On sort là de l’ethnomusicologie pour l’entomologie –ou l’entomomusicologie si l’on veut inventer un nouveau terme. La collection discographique du Quai-Branly comprend plusieurs disques d’enregistrements de milieux sonores, de field recording dans des espaces naturels, dont ce disque. Une légende birmane dit que les libellules mâles se rassemblent en essaim pour produire une sorte de polyphonie faite de notes très aiguës, afin de séduire les femelles. Cette croyance dit aussi que ceux qui ne trouvent pas de femelle « crient » si fort que leur poitrine explose et qu’ils meurent.

Ron Morelli
Un grand nombre d’esclaves ont été amenés en Haïti, notamment des fons du Dahomey, l’actuel Bénin, et des Yorubas du Nigeria. Ils y ont apporté des cultes qui se sont agglomérés aux cultures d’autres ethnies et sont à l’origine du vaudou. Le vaudou possède plus d’une centaine de divinités, qui sont appelées mystères, saints, anges ou loas. Pour entrer en contact avec eux, des cérémonies de transe sont organisées, pendant lesquelles ces entités entrent en possession d’individus. Chaque divinité a ses rythmes de tambours associés –une pratique assez courante dans le monde. Ce disque reproduit toute une séquence rituelle menée par un prêtre vaudou, Pierre Chériza, mort en 2005, qui a sorti plusieurs albums. Il faisait partie d’une lignée de prêtre et a lui même été officiant à partir de ses 4 ans. La musique de ce rite est constituée uniquement de percussions très répétitives, des tambours et des cloches, qui sont les mêmes que l’on retrouve au Bénin et au Nigeria. L’organisation est complexe entre les tambours : il y a une base rythmique, puis d’autres percussions qui improvisent et jouent des phrases mélodiques liées à chaque divinité. Le rythme évolue au fil de la liturgie et notamment des sacrifices d’animaux. Cet extrait, le rythme Ibo, prend ses origines parmi le peuple igbo du sud-ouest du Nigeria. La famille des divinités ibos est invoquée lors des rites funéraires. Ce sont des divinités très craintes, qui ont pour rôle d’accompagner le mort vers une autre demeure spirituelle. On sacrifie à cette occasion des porcs peints. Il était difficile de reconnaître les sources employées par Ron Morelli pendant son mix. On peut penser que ces sources ont davantage été pour lui une inspiration et qu’il a cherché à évoquer le mystère de ces cultes vaudou, de même que le trouble qui peut être ressenti pendant une transe de possession.

(Ceci est un extrait du live de Ron Morelli)

Les cris de Paris
La performance des Cris de Paris présentée lors des Siestes électroniques au Quai-Branly s’intitule l’Ailleurs de l’autre. Trois chanteuses ont réinterprété pour l’occasion des pièces vocales issues de la collection discographique du musée. Des chants venus des quatre coins du monde : de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Madagascar, de Chine, de Macédoine, de Thaïlande, etc. Le trio a notamment repris Irbe Wala (« Chant de meule »), tiré du disque Ethiopie méridionale, musique des Maale : éloges et bénédictions (Inédit, coll. Terrains, 2005). Il s’agit d’enregistrements réalisés en Ethiopie de 2001 à 2003 par Hugo Ferran, ethnomusicologue et anthropologue spécialiste des musiques du sud-ouest éthiopien. Les Maale sont une ethnie restée en marge des protestants évangélistes, des sunnites, des orthodoxes et des syncrétistes. Elle est divisée en trois groupes ou castes : les agro-pasteurs sont dominants sur les forgerons, eux-mêmes dominants les tanneurs-batteurs chargés de fabriquer et de jouer des tambours funéraires. Cette ethnie compte environ 50000 membres, organisés en société patrilinéaire. Ce disque est la première anthologie consacrée à cette ethnie, qui apporte de nombreuses informations sur sa culture musicale. Dans le chant Irbe Wala, une mère et ses deux filles chantent en meulant des grains de maïs et de sorgho. La mère chante les louanges de ses pères, époux, frères et beaux-frères, tandis que ses filles répètent inlassablement le refrain qui fait office d’ostinato. Pour construire cet ostinato, les jeunes filles utilisent le procédé du « hoquet », qui consiste à distribuer les notes d’une ligne mélodique entre plusieurs voix ou instruments. Chaque musicien produit ainsi un son court en alternance rapide avec les autres musiciens. Ici, l’ostinato est constitué d’une phase où les deux filles chantent ensemble deux syllabes, puis l’une d’elle chante seule une note et, aussitôt après, l’autre chante seule une autre note. Elles marquent pendant tout ce temps le rythme avec des pierres à moudre.

Frank Fairfield
Frank Fairfield reprend de nombreux standards de la musique folk américaine lors de ses concerts. Lors de celui qu’il a donné au quai Branly, il a notamment choisi de reprendre The Devil’s Dream. The Devil’s Dream, appelé aussi The Devil Among the Tailors en Grande-Bretagne ou Rêve du diable en France, est un air de violon ancien au nom mystérieux, assez facilement reconnaissable. Son registre est guilleret et sa structure assez répétitive. L’origine de ce morceau est inconnue, même si une hypothèse estime qu’il a été composé à la fin du XVIIIe siècle en Ecosse. Il est en tout cas attesté dès 1834 en Nouvelle-Angleterre, aux Etats-Unis, où il reste très populaire dans le nord du pays, et apparaît également dans une légende anglaise datée de 1805. The Devil’s Dream est joué pour différentes formes de danses folkloriques comme la jig, sur un rythme ternaire, ou le reel, qui se danse en 4/4 ou 2/2, de façon énergique. C’est une danse très populaire en Irlande. On en trouve également des versions en Scandinavie. C’est aussi un morceau très courant chez les "violoneux", les violonistes du registre traditionnel et folk, parce qu’il leur permet de montrer leur créativité grâce à des ornementations. C’est un morceau que tout violoneux doit connaître. Il a été enregistré de très nombreuses fois, notamment par Bill Monroe, Reverend Gary Davis, The Blue Sky Boys et le violoneux québécois Jean Carignan (1916-1988) qui en donnait une version ultrarapide et ultravirtuose. Le morceau est parfois joué aussi au banjo. Sa structure est AABB : deux motifs différents (motif A et motif B) sont joués à chaque fois deux fois. Cette structure est répétée jusqu’à ce que les danseurs ou les musiciens n’en puissent plus. La version de Frank Fairfield est une version chantée, qui commence assez lentement puis gagne en intensité et en vitesse.



Edition 2013

Vincent Moon, Kangding Ray, Sinner DC, Pierre Bastien, Sylvain Chaveau, Lowjack, Dj Arc de Triomphe, Gangpol étaient au programme en 2013.

Présentation des dj sets et concerts passés

Vincent Moon
Vincent Moon explique ainsi la démarche de sa création pour les Siestes électroniques : « Voilà plusieurs années que je voyage en quête de musiques sacrées et populaires, et lorsqu’il m’a été proposé de composer une heure de musique à partir des archives du musée, je me suis axé sur les rituels chamaniques. La sélection, que j’ai voulu concevoir comme un rituel en soi, en 3 parties ou ’’actes’’, porte sur la bénédiction et la guérison par la musique à travers le monde. Entre cérémonies amazoniennes autour de la plante ayahuasca et polyphonies du sud éthiopien, tambours sacrés du Sri Lanka et chants de gorge de Touva, une pièce sonore comme un collage de cultures à laquelle j’ai mélangé mes propres enregistrements. En espérant que ce rituel du jour apaise les esprits qui nous animent... »

Kangding Ray
De la voix chantée, on retient habituellement sa qualité mélodique. De son côté, Kangding Ray a fait le choix d’explorer son aspect rythmique et de le mettre au coeur de sa composition. Il s’est particulièrement penché sur les jeux vocaux des Inuits, aussi appelés « jeux de gorge ». Ces pratiques étonnantes ne sont pas considérés par les populations qui les exécutent comme des chants et donnent lieu à de véritables duels. Pour sa création sonore, Kangding Ray a également eu recours aux polyphonies des Pygmées de Centrafrique et du Gabon, aux choeurs de percussions vocales de Bali (kecak), aux chants des femmes Xhosa d’Afrique du sud ainsi qu’aux structures rythmiques déclamées à toute vitesse par les joueurs de tabla indiens.

Sinner DC
Les membres de Sinner DC ont effectué leurs recherches dans le ’’fonds Brăiloiu’’ du Musée d’ethnographie de Genève (MEG). Constantin Brăiloiu (1893-1958) est considéré comme l’un des pères de l’ethnomusicologie contemporaine. En 1944, il fonde à Genève les Archives internationales de musique populaire (AIMP) avec Eugène Pittard, alors directeur du MEG. Pendant 15 ans, il se consacre à la collecte, à l’archivage et à la diffusion de documents sonores à caractère ethnomusicologique. Au total, il parvient à réunir environ 3000 enregistrements parmi lesquels ses propres documents de terrain, effectués principalement dans sa Roumanie natale entre 1928 et 1943. Ce ’’fonds Brăiloiu’’ comprend également des copies de collections historiques et prestigieuses (G. Rouget, A. Lomax, etc.). Ces enregistrements ayant été produits il y a plus de 50 ans, ils sont libres de droits et en écoute sur le site du MEG.

Pierre Bastien
Pour cette performance, Pierre Bastien est venu avec huit instruments de musique originaires d’Afrique et d’Amérique latine et qui appartiennent à sa collection personnelle. Ils seront joués mécaniquement et introduiront les morceaux sélectionnés dans le fonds de la médiathèque du musée. Le but est de faire résonner sur le vif l’instrument soliste de chaque pièce. Seule entorse à cette règle : le cor traversier d’Afrique de l’ouest introduira un ensemble d’Ouganda. Voici la liste des instruments dans l’ordre d’écoute :
1- vièle godje, Niger
2- lamellophone likembe, Congo
3- marimba jouet, Equateur
4- cithare inanga, Burundi
5- cor traversier, Côte d’Ivoire
6- tambour bendir, Maroc
7- tambour teponaztli, Mexique
8- lamellophone cisanji, Angola

Sylvain Chauveau Sylvain Chauveau explique ainsi la démarche de sa création pour les Siestes électroniques : « Mon choix a été de piocher essentiellement dans des disques de ce que l’on appelle les phonographies (ou « field recordings » en englais) et de chanter. Les phonographies ne sont pas des enregistrement de musique à proprement parler mais plutôt des captations d’ambiances sonores d’environnements choisis, ici en extérieur. Ainsi ma sélection comprend des choses aussi variées que des sons de cloches d’église en Italie, des bruits de volcans islandais, de la glace fondant sur un lac ou le sifflement étonnamment harmonique du vent dans les Highlands en Ecosse, une montagne au Japon ou encore des insectes de jungle asiatique émettant de longues fréquences aigües incroyablement puissantes qui rappellent les sons électroniques de Ryoji Ikeda ou d’Eliane Radigue. Mais on pourra aussi entendre ça ou là des rythmiques de voix lors d’une cérémonie Kecak à Bali quasiment dignes de Steve Reich ou un air de guitare mélancolique des Philippines. Après avoir trié, découpé, remonté et retraité les sons que j’ai choisi pour les rendre les plus musicaux possible, j’ajouterai une touche mélodique et live en chantant en direct durant certains passages de ce mix. »

Low Jack
Pour cette occasion spéciale, Low Jack a décidé d’aller puiser dans ses racines, du côté du Honduras, et s’est intéressé tout particulièrement à la musique des Garifunas. Au début du XVIe siècle, une flotte de navires négriers partis d’Afrique font naufrage au large de l’île de St Vincent. Les survivants parviennent à s’échapper et à se réfugier sur l’île où ils sont accueillis par les autochtones, les Arawaks, aussi appelés Caraïbes. Les deux populations se mélangent pour ne former qu’un peuple : les Garifunas. À la fin du XVIIIe siècle, quelques années après en avoir pris possession pacifiquement, les Français cèdent St Vincent aux Britanniques. Après avoir affronté les révoltes répétées des Garifunas, les nouveaux administrateurs de l’île décident de les déporter sur la petite île hondurienne de Roatan. Nombreux sont ceux qui s’enfuient et rejoignent en pirogue les côtes du Honduras, du Belize et du Nicaragua où leurs descendants vivent désormais et forment des communautés minoritaires. Ils ont été convertis au catholicisme mais ils ont conservé jusqu’à aujourd’hui des pratiques rituelles qui portent les traces de leurs origines. C’est de cette histoire, celle du seul peuple noir du continent américain qui n’aurait pas connu l’esclavage, dont Low Jack s’est inspiré pour composer une œuvre originale.

DJ Arc de Triomphe
Gaspare décrit ainsi la façon dont il a abordé le fonds de la médiathèque : « Pour cette carte blanche j’ai souhaité revenir aux sources d’inspiration des grands noms de la musique moderne italienne (arrangeurs, orchestrateurs et faiseurs de bandes originales pour la Cinecitta) : le folklore, les musiques anciennes et paysannes de l’Italie. C’est à la suite d’interviews et en glanant des informations éparses que j’ai découvert la filiation pourtant évidente. Le patrimoine musicale transalpin rural est l’un des plus excitants et fous qu’il m’ait été donné d’entendre. »

Gangpol & Mit
Gangpol, moitié du duo, explique ainsi sa démarche pour les Siestes électroniques : « À l’occasion de cette invitation du musée du quai Branly, j’ai voulu confronter et articuler les trouvailles faites dans ses archives avec les éléments de notre propre collection, et approfondir mes recherches concernant l’Asie du sud-est. Partant de l’Indonésie, remontant par Singapour, les Philippines et la Thaïlande, je me suis autorisé à poursuivre jusqu’à Taïwan et même Hong Kong. Si les écarts culturels entre ces pays, et au sein même de leurs différentes ethnies, sont bien sûr colossaux, si leurs histoires coloniales sont également différentes, avec ce que cela implique sur le plan politique ou religieux, de nombreux liens sont étonnamment constatables sur un plan musical. Parfois du fait de l’instrumentarium (récurrence des ensembles de tambours, gongs et cymbales, bambous et flutes, etc.), parfois également dans la façon dont ont pu réagir ces pays à l’arrivée des musiques occidentales à partir des années 50 (rumba, calypso, mambo, jazz et rock), les digérant, les adaptant à leurs propres rythmes, langues et instruments pour un résultat hybride et particulièrement surprenant. Éthiquement peu enclin au remix sauvage de ce type de sources, j’ai privilégié une approche relevant du dj set, et du montage a minima - disons, radiophonique - essayant autant que possible de présenter ces musiques dans leur format d’origine. J’ai pris plaisir à piocher également dans les archives de conférences enregistrées par le musée pour un travail de collage complémentaire structurant l’ensemble du parcours musical : de la musique populaire dangdut de Java au mambo de Hong-Kong, du twist de Singapour au disco taiwanais, de la musique Batak à quelque mystérieuse BO franco-cambodgienne ».



Edition 2012

Plapla Pinky, Keith Fullerton Whitman, Hicham Chadly, Alan Bishop, Sam Tiba, Jean Nipon, Marc Teissier du Cros, Doug Shipton, Nlf3 et Arandel étaient au programme en 2012.

Présentation des dj sets passés

Plapla Pinky
Pour leur passage au quai Branly, les membres de Plapla Pinky ont embarqué le public dans un périple qui l’a mèné à la rencontre des traditions musicales du Moyen-Orient (Iran, Irak, Afghanistan) et en particulier celles des minorités ethniques et religieuses (kurdes, chrétiens). Pour lier les différents éléments, le duo a souhaité construire une « dramaturgie d’écoute » et installer une certaine vibration par le biais du traitement du son (effets, réverbération), la gestion du rythme et l’ajout de prise de sons (vents, ambiances).
Lors de ce DJ set, vous avez notamment pu entendre des extraits du disque "Aghanistan : Traditional Musicians. A Journey to an Unknown Musical World" (World Network) qui reflète la richesse et la variété des traditions musicales afghanes (Hérat, Kaboul, Nuristan). Il présente des enregistrements réalisés en 1974 à travers tout le pays, soit quelques années avant l’arrivée des troupes soviétiques et les troubles qui continuent d’agiter le pays. On peut y apprécier le son de l’instrument national, le rebab, un luth à trois cordes.

Keith Fullerton Whitman
« J’ai répondu à l’invitation de Samuel Aubert [directeur des Siestes électroniques] de présenter une pièce à partir d’archives sonores de la médiathèque du Quai Branly. En octobre dernier, j’étais en résidence au GRM – le Musée du Quai Branly se situe juste de l’autre côté de la Seine – et comme j’avais un peu de temps libre, c’était l’occasion idéale d’entamer ce projet. A ce moment-là, et lors d’une seconde semaine en février dernier, je me suis replongé dans l’œuvre de l’Anglo-Sud Américain Hugh Tracey, un ethnomusicologue qui, sur une période de cinquante ans, a réalisé des enregistrements de musiques traditionnelles africaines. La majorité de ce qu’il a collecté est consignée en fichiers audio au Quai Branly. J’ai procédé à un tri par année de ces enregistrements puis à une sélection des documents les plus intéressants d’un point de vue beaucoup plus musical qu’analytique ou musicologique. Ma sélection prend la forme d’une longue pièce agencée comme une composition électroacoustique – j’y ai opéré quelques transformations. Le résultat doit être perçu comme un reflet de mon enthousiasme pour la documentation musicale que représente le travail de Tracey. J’adore le caractère anachronique de ce que je vais proposer : de la musique en dehors du temps, enregistrée avec des procédés de reproduction sonore datant de la première moitié du siècle (des années 1920 aux années 1970), présentée à l’ère du numérique, retravaillée et diffusée par un ordinateur. » (extrait de l’article de Christophe Taupin dans le numéro 64 de la revue Mouvement)
Hugh Tracey (1903-1977) découvre la musique africaine à 17 ans en Rhodésie du Sud (le Zimbabwe actuel) grâce aux employés Karanga qui travaillent dans les champs de tabac de son frère aîné. L’ethnomusicologue anglais devient alors rapidement l’un des pionniers de l’étude et de la mise en valeur des répertoires musicaux de l’Afrique de l’Est et du Sud. Après la seconde Guerre mondiale, Tracey crée les institutions et lève les fonds nécessaires au développement de la recherche scientifique dans ce domaine. Durant toute sa vie, il n’a eu de cesse d’enregistrer la musique sur le terrain puis de publier des centaines de disques.

Hicham Chadly
Pour son DJ set dans le cadre des Siestes électroniques, Hicham Chadly a donné à entendre une sélection de pépites psychédéliques venues d’Algérie et d’Égypte essentiellement. Le rythme fut d’abord très calme, proche du drone, puis a accéléré jusqu’à atteindre le mid-tempo. Hicham a mélangé le tout avec des ambiances sonores enregistrées par ses soins dans les rues du Caire.
Parmi les chansons retenues pour ce DJ set, vous avez pu reconnaitre ’’Galbi Bghay Hiya’’ de Khaled. Ce chanteur de raï bien connu en France a été le premier algérien à s’imposer sur la scène internationale. Le disque Young Khaled (Buda Records), duquel est issu ce titre, présente six morceaux enregistrés à la fin des années 1980, bien avant le succès mondial de ’’Didi’’ en 1992. À l’époque, les morceaux de raï n’étaient pas formatés par l’industrie du disque et duraient souvent près de dix minutes.

Alan Bishop
Alan Bishop a fait le choix de transporter le public vers l’Asie du Sud-Est où il a passé de nombreuses années. Il utilisera des morceaux extraits des disques édités par son label Sublime Frequencies (Broken Hearted Dragonflies, Radio Myanmar, Night Recordings from Bali) ainsi que ceux qu’il a découverts dans les collections de la médiathèque.
Vous avez pu ainsi entendre un extrait du disque "Vietnam-Music of the Truong Son Mountains" (White Cliffs Media). Cette compilation présente la culture musicale des différentes minorités ethniques non-Viets (Jarai, Bahnar, Ede, etc.) qui vivent dans les terres centrales et montagneuses du Vietnam. Grâce à ces enregistrements rares, on peut apprécier les sonorités de divers ensembles de gongs locaux.
Alan Bishop a permis au public de découvrir également la musique des Huli, la principale ethnie de la province de Southern Highlands en Papouasie Nouvelle Guinée et dont les 40.000 membres vivent isolés dans les montagnes. Contrairement à leurs coiffes spectaculaires, leur musique est restée très longtemps méconnue. Faîte de percussions, de chants, de sifflets et de sons de guimbarde, leur musique est particulièrement orioginale. Les enregistrements qui figurent sur le disque "Papua New Guinea" (Prophet/Philips) ont été réalisés en 1974 chez le sous-groupe Yugu par Charles Duvelle, le fondateur de la collection Ocora.

Sam Tiba
Sam Tiba a cherché à établir des ponts entre les différentes façons d’exprimer en musique un même sentiment. Il s’est intéressé notamment au registre de la tristesse (mélancolie, espoir, résilience) et a essayer de montrer, par exemple, qu’un chant diphonique bulgare peut faire ressentir les mêmes choses qu’un chant d’esclaves du Ghana. Sam Tiba ne s’est pas concentré sur une région du monde en particulier et il a utilisé aussi bien des morceaux de tango uruguayen que des compositions pour gongs de Sumatra.
Lors de ce DJ set, vous avez notamment pu entendre des extraits du disque Songs of the Ainu (JVC Wolrd Sounds). Les Ainous sont un groupe ethnique du nord du Japon dont les origines sont incertaines. Ils se sont installés sur l’île d’Hokkaido près de mille ans avant l’arrivée des Wajin, les ancêtres des Japonais actuels. Ils ont eu à subir pendant longtemps le racisme et les tentatives d’assimilation. Ce disque présente les traces vocales (chants de travail, berceuses, épopées, cérémonies) de cette culture qui est parvenue néanmoins à survivre jusqu’à aujourd’hui.

Jean Nipon
Jean Nipon s’est focalisé sur les cultures musicales originaires de l’Asie de l’Est. Il a choisi de s’intéresser plus particulièrement aux voix. Parmi les pièces sonores que Jean Nipon a donné à entendre lors de son set, le public a pu découvrir des extraits du disque Akha Hani Songs in China vol. 1 (Kink Gong). Les Akha forment une minorité ethnique installée dans le sud du Yunnan en Chine, en Birmanie, au Laos et en Thaïlande. Pendant la révolution culturelle menée par Mao entre 1966 et 1976, les Akha chinois avaient interdiction de s’habiller traditionnellement et de pratiquer leur musique. La culture akha en Chine a beaucoup souffert de cette prohibition. Les chants traditionnels présents sur ce disque ont été produits par de vieilles dames qui sont les derniers dépositaires de cette littérature orale.

Doug Shipton
Pour son DJ set, Doug Shipton a choisi de donner à entendre une sélection psyché, folk et disco avec des titres venus d’Inde, de Thaïlande, du Pérou, du Mexique, du Niger ou encore de Syrie. Parmi toutes ses trouvailles dans les collections de la médiathèque du musée du quai Branly, vous avez pu entendre les sonorités de la cumbia péruvienne avec le titre instrumental « Sonido Amazùnico » du groupe Los Mirlos. Ce morceau, avec guitare wah-wah et bongos, est extrait du disque Back To Peru Vol.1-The Most Complete Compilation of Peruvian Underground ’64-74 (Vampisoul) qui regroupe des merveilles garage, rock, latin-funk et soul. Los Mirlos étaient l’un des groupes phares de la scène musicale péruvienne des années 1970. Après une longue période d’oubli, ils ont renoué avec le succès depuis quelques années grâce à l’intérêt de la nouvelle génération pour la cumbia tropicale.

Marc Teyssier du Cros
Marc Teissier du Cros découvre la musique éthiopienne il y a une dizaine d’années grâce à la série discographique des Éthiopiques. Cette collection, créée à la fin des années 1990 par Francis Falceto et le label français Buda Musique, comprend une trentaine de disques dédiés aux musiciens éthiopiens. Marc Teissier du Cros a donné à écouter des morceaux issus de cette collection mais aussi des sonorités plus traditionnelles et de la musique produite par les diasporas éthiopiennes dans le monde. Parmi cette sélection, vous avez pu reconnaitre des extraits du disque Mahmoud Ahmed & Imperial Bodyguard Band, 1972-1974 (Éthiopiques volume 26). Mahmoud Ahmed est l’un des chanteurs les plus populaires d’Éthiopie. Il débute sa carrière au début des années 1960 dans un club d’Addis-Abeba en mêlant des sonorités rock et jazz venues de l’Occident à la musique traditionnelle. Ce volume des Éthiopiques rassemble des enregistrements gravés entre 1971 et 1974, lorsque Mahmoud Ahmed jouait avec l’orchestre de la Garde Impériale. Son disque le plus connu Erè Mèla Mèla paraît en 1975 alors que le pays est aux mains de la junte militaire de Mengistu Haile Mariam. Les somnoleurs ont aussi eu la chance de découvrir, ou de redécouvrir, des chansons de Mulatu Astatke, le chef de file de l’éthio-jazz, ce genre de jazz éthiopien apparu dans les clubs d’Addis la fin des années 1950. Ce musicien a étudié la musique en Angleterre et aux États-Unis où il a joué avec les plus grands noms du jazz et notamment Duke Ellington. Le disque Éthio jazz & musique instrumentale, 1969-1974 (Éthiopiques volume 4) rassemble plusieurs de ses compositions ainsi que des titres de Feqadu Amde-Mesqel et de Girma Hadgu.

NLF3
les NLF3 se sont penchés sur les musiques rituelles et cérémonielles (amérindiennes, vaudous, chamaniques de Sibérie, maoris). Fidèles à leurs goûts musicaux, ils se sont aussi intéressés aux musiques répétitives et polyrythmiques, notamment au gamelan jegog (orchestre balinais ou indonésien avec instruments en bambou). Parmi leur sélection, vous avez pu découvrir des extraits du CD Voodoo Drums-Drummers Of The Société Absolument Guinin. Ce disque présente des enregistrements contemporains de musique vaudou réalisés par le label Soul Jazz Records à Port-au-Prince, Haïti. La musique que l’on joue lors des rituels de cette religion d’origine nigériane est basée sur des rythmes africains très complexes. Notons également le présence d’un extrait du CD Ritual Music of the Kayapó-Xikrin, Brazil (Smithsonian Folkways Recordings). Les 2 500 membres de la communauté des Kayapó, « peuple de la grande eau », vivent dans le Brésil central en marge du reste de la société. Ce disque, enregistré par l’ethnomusicologue Max Peter Baumann, présente la musique jouée lors d’un rite d’initiation particulier, au cours duquel on attribue leur nom aux jeunes individus et qui est l’événement central de la vie rituelle de ce peuple.

Arandel
Parmi la quarantaine d’extraits utilisés par Arandel, vous avez pu en entendre plusieurs qui sont issus du double CD Voix-Distant Voices (Buda Musique). Cette compilation propose un tour du monde à travers une sélection de ses plus belles voix. On découvre ainsi une trentaine de cultures musicales grâce à des artistes tels que la Malienne Mah Damba, l’Éthiopien Mahmoud Ahmed, la Vénézuélienne Soledad Bravo, etc. Le livret présente chacun des musiciens ainsi que son style et permet aux néophytes de se familiariser avec les musiques du monde. Les extraits choisis par Arandel sont « Chants kanak de Lifou » par le groupe folklorique Wetr et « Chants de nature et d’animaux » du Russe Slava Egorovic Kemlil. Arandel a également utiliser des morceaux issus du CD Le chant des enfants du monde 3 : berceuses (Arion). Ce disque fait partie de la collection créée par Francis Corpataux, ethnomusicologue suisse résidant au Québec, et consacrée aux répertoires musicaux des enfants à travers le monde. C’est lors d’un voyage de 11 mois en 1990 que ce chercheur a commencé à enregistrer des chants d’enfants dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, d’Asie et d’Amérique latine. Depuis, cet ethnomusicologue a publié une quinzaine de disques et collecté près de 3 000 enregistrements sur tous les continents. Ces enregistrements sont tous déposés dans les archives de la médiathèque du musée du quai Branly. Arandel a choisi de donner à entendre des chants d’enfants venus de Guinée, des Seychelles et de Chine.



Edition 2011

Nous ne vous présentons ici qu’une partie des dj sets donnés du 3 juin au 10 juillet 2011 dans les jardins du musée. Chacun est particulier. Si Brian Shimkovitz du blog Awesome Tapes From Africa et Laureant Jeanneau ont choisit d’explorer une partie précise du globe et donc des collections du musée (l’Afrique sub-saharienne pour Brian, l’Asie du Sud-Est pour Laurent), les deux abordent leur mixs différemment : Brian a décidé de ne pas mixer les morceaux originaux qui s’enchainent selon un ordre précis (de la forêt jusqu’au désert, chaque morceaux présentant les instruments ou chants typiques des zones "traversées") ; Laurent, quant à lui, prend la liberté de recréer des ensembles musicaux virtuels en assemblant différentes parties instrumentales qu’il a lui même enregistré sur le terrain, pour autant aucun effet n’est rajouté et la cohérence des groupes ethniques est respectée. Romain BNO et Franq de Bimbo Tower ont, pour leur part, opté pour une approche plus strictement musicale, dirons-nous. Leur mixs forment un long continuum hypnotique où l’on passe de l’Asie à l’Afrique en passent par le Moyen-Orient et où seul la beauté des formes compte.

Pour mémoire la programmation complète de la première édition : Débruit, Pilooski, The Berg Sans Nipple, Bimbo Tower Sound System, Secousse Sound System, Awesome Tapes From Africa, Romain BNO, Laurent Jeanneau.


Sélection commentée d’albums joués par Romain BNO

Tibet – Traditions rituelles des Bonpos / Ocora
Au Tibet, les Bonpos (qui pratiquent la religion Bon, considérée comme l’ensemble des croyances pré-bouddhistes) ne se reconnaissent pas comme bouddhistes, mais partagent avec eux quelques principes et expériences mystiques, tels la recherche de l’état transcendantal, l’ "éveil". Certaines de ces croyances survivent aujourd’hui, même si elles sont adaptées aux circonstances nouvelles de l’exil de la fin des années 50. Au Nord-Ouest de l’Inde, il existe une communauté qui a su réhabiliter ses traditions, grâce à l’appui de l’abbé Sangye Tenzin Jongdong, figure centrale pour les Bonpos d’aujourd’hui. Les enregistrements présents sur cet album illustrent différentes modalités des activités religieuses des Bonpos, à travers leur chant et leur récitation psalmodique. C’est l’occasion de découvrir les aspects musicaux d’une tradition rituelle ignorée tant chez les occidentaux que ches lez Tibétains eux-mêmes.

Albanie, Pays labë – Plaintes et chants d’amour / OCORA
Situé au Nord de l’Albanie, le pays labë s’étend sur une zone montagnarde, et est constitué d’une centaine de villages dont les habitants sont, chaque année, moins nombreux. La perte de nombreuses fêtes et traditions culturelles albanaises est en partie le fruit de cette forte émigration. Malgré cela, la musique labë est omniprésente en Albanie du Sud et s’entend partout, mais c’est la table qui constitue le cadre le plus authentique de la polyphonie : les chanteurs s’y côtoient, se regardent et contrôlent ensemble leurs expressions et leur voix…. Se crée ainsi un jeu d’interactions dans lequel la justesse sociale est intimement liée à la justesse vocale. Cet enregistrement présente les trois genres majeurs de la polyphonie labë : les lamentations (vaj), les chants d’amour (dashuri) et les chants épico-historiques.

Roumanie : musique de villages Runc et les villages du Gorj / VDE-Gallo
Entre 1933 et 1943, Constantin Brailoiu –considéré comme l’un des pères de l’ethnomusicologie- et ses collaborateurs ont enregistrés les musiques de différents villages de Moldavie, d’Olténie et de Transylvanie. Un coffret de trois disques compacts a ainsi été publié à la fin des années 80. Sous le label "Choc du monde de la musique", ce coffret, en offrant la source vive de la tradition populaire roumaine, est aussi un plaidoyer musical contre sa disparition. Romain BNO explique : "J’ai choisi ce morceau pour rendre hommage à Constantin Brailoiu. Dans cet album, chaque pièce retenue nous donne le sentiment d’avoir la chance prodigieuse, comme l’exprimait poétiquement Brailoiu ‘de voir un monde spirituel sans âge et sans corps émerger à la surface du visible et du présent’."

Sélection commentée d’albums joués par Franq de Bimbo Tower

I remember Syria / Sublime Frequencies
Méconnu culturellement de l’Occident pendant des décennies, la Syrie n’en garde pas moins un patrimoine culturel riche, que ce soit dans les arts plastiques ou la musique. Enregistré et "chirurgicalement-assemblé" par Mark Gergis lors de ces deux voyages à Damas en 1998 et 2000, I remember Syria est un véritable documentaire virtuelle de la capitale syrienne, mélangeant des sons issus de scènes de rue, de la fête d’un mariage ou d’une cérémonie religieuse, émissions de radio… Le label Sublime Frequencies, basé à Seattle et mené par Alan Bishop, est un véritable laboratoire d’explorateurs musicaux et de chasseurs de sons : révéler les faces sonores cachées d’un pays à travers les musiques traditionnelles ou actuelles, mais aussi des films, des enregistrements de rue, des programmes radio et toutes sortes d’expressions orales (chantées ou parlées)… voila la mission que s’est fixé le label. Sublime Frequencies se concentre non seulement sur la culture et l’esthétique de ces civilisations dites "en voie de développement", mais essaye d’en relever les détails, les curiosités, les petits riens, en voie de disparition. Pour Franq de Quengo, "Sublime Frequencies, c’est un peu les punk de l’ethnomusicologie. Ils ont vraiment amenés quelque chose de nouveau dans les musiques traditionnelles".

Afghanistan - Musiciennes d’Hérat / UNESCO Collection
Hérat étaient célèbres pour ces musiciennes professionnelles appelées "les Golpasand", du nom du patriarche de leur clan, mort vers 1970. Etant donné la ségrégation stricte des sexes, femmes et hommes se produisaient rarement ensemble. La culture musicale des femmes était axée sur la pratique collective du chant et de la danse, exécutée pour le simple plaisir ou à l’occasion de certaines cérémonies. Enregistrées entre 1973 et 1977 par Véronica Doubleday et John Baily, ces chants offrent un aperçu de la musique telle que pratiquée en privé par les femmes et les jeunes filles dans les années 1970, avant que la guerre civile ne mette en péril les traditions culturelles afghanes. Touché par le rythme spécifique au jeu des femmes dans ces musiques, Franq de Quengo (qui est également batteur) a sélectionné cet extrait pour la particularité du statut de la femme musicienne à Hérat : en dépit d’un statut social plutôt bas, elles étaient très appréciées de leurs auditoires. La musique permettait, de plus, d’échapper temporairement à la domination masculine.

Sélection commentée d’albums joués par Laurent Jeanneau

Bangladesh. Orgues-à-bouche, rituels des Murung / Enregistré à la Maison des Cultures du Monde INEDIT
Les Murung sont un peuple semi-nomade des collines, à l’ouest du Bangladesh. Contrairement à leurs voisins, les Murung ne sont ni hindouisés, ni christianisés, ni islamisés : Leur religion, celle des esprits, est fondée sur de nombreuses divinités en relation avec les plantes, les animaux, les pierres et les cours d’eau. Le plung, orgue-à-bouche fabriqué à partir d’une calebasse et de tubes en bambou, est l’instrument privilégiée des hommes célibataires pour le sachiacum (acte sacrifiel, pivot spirituel et social des Murung), mais aussi pour les funérailles, les fêtes de moisson et les rencontres avec les jeunes femmes. Selon les circonstances, il peut être joué par un ou deux individus –dans ce contexte intimiste, l’instrument diffère un peu et est alors appelé rina plung –, ou au sein d’un orchestre de dix à vingt instruments répartis en famille en fonction de leur taille, qui peut atteindre les deux mètres ! Pour Laurent Jeanneau, qui a fait plusieurs enregistrements d’orgue-à-bouche, "cet ensemble a vraiment quelque chose de particulier, une transe répétitive commune aux cérémonies animistes qui me touche."

Hani in China volume 1 / Kink Gong
Les Hani sont l’une des minorités ethniques vivant en Chine. Ils sont un million et demi dans la partie sud du Yunnan (Sud-ouest de la Chine, au-dessus du Laos et du Vietnam). Il existe un modèle de chant "traditionnel" chez les Hani, mais cette manière de chanter est constamment réadapter et réapproprier par les chanteurs, en fonction du contexte. Beaucoup de ces chansons suscitent de fortes émotions chez les interprètes, qui peuvent se traduire par des larmes lors du chant. Laurent Jeanneau, qui a lui-même enregistré ces musiques, explique : "ce sous-groupe Baina Hani est un exemple exceptionnel d’un ensemble vocal de sept femmes, et de trois hommes instrumentistes (deux petits instruments à cordes, et une flûte). Il s’agit là d’un minimalisme, d’une nostalgie très sophistiquée, qui pousse l’émotion à son maximum."

Tha : Flat gongs in Cambodia and Laos / Kink Gong
Les gongs Tha sont des gongs plats qui se jouent par deux. Dans cette partie du Sud- Est de l’Asie (tant au sud du Laos qu’au nord du Cambodge), de nombreux sous-groupes de l’ethnie Brao ont développés une manière unique d’utiliser ces gongs. Laurent Jeanneau : "pendant cette période (entre 2003 et 2006), j’ai enregistré de multiples ensembles de gongs dans les zones de minorités ethniques du Cambodge et sud-Laos. Dans cette région, les gongs sont les instruments privilégiés pour entrer en communication avec les esprits lors de cérémonies animistes. Pour ces enregistrements, j ai choisi le Tha, une paire de gongs plats attachés à une structure et frappés de chaque côté par deux hommes qui utilise deux maillets". Avec ces maillets, l’un des hommes frappe l’intérieur des gongs tandis que l’autre frappe l’extérieur. Cette structure permet ainsi permet ainsi de varier et de développer différents motifs, et engendre "une évolution rythmique et des combinaisons beaucoup plus complexes qu’elles n’y paraissent". L’originalité de cette technique a permis à Laurent Jeanneau d’expérimenter de nouvelles sonorités grâce aux divers ensembles de gongs enregistrés : "dans cet album, j’ai profité de l’occasion pour mixer plusieurs sessions de Tha afin de corser les déclinaisons rythmiques et les textures différentes de gongs".

Sélection commentée d’albums joués par Awesome Tapes From Africa

Generali Habyarimana : Polyphonie des Twa du Rwanda / Fontimusicali
Les Twa représentent à peine 1% de la population au Rwanda et font partie de l’ensemble des populations pygmées répandues à travers toute l’Afrique centrale. Dans la musique Twa, le caractère vocal est prédominant (les instruments de musique étant limités aux grelots amayugi portés par les danseurs et au petit tambour à peau ruharage, utilisé comme soutien rythmique). Brian Shimkovitz explique : "J’ai cherché à comparer les pratiques musicales entre les régions forestières et la savane. Actuellement, de nombreux groupes ethniques désertent les forêts et leurs modes de vie traditionnels, à cause de bouleversements politiques et économiques. Une des particularités de la musique pratiquée dans ces zones est son caractère collectif et harmonieux – à l’image de la façon dont les Twa des forêts vivent ensemble". L’extrait présenté ici loue les qualités de Juvénal Habyarimana, président du Rwanda de 1973 à 1994.

Louange de l’Ambassadeur de Yola : Nigeria, Musique Haoussa – traditions de l’Emirat de Kano / Enregistré à la Maison des Cultures du Monde
Les Haoussa constituent par leur nombre l’un des plus importants peuples d’Afrique. Traditionnellement, les Haoussa étaient organisés en Etats dirigés par un émir. Aujourd’hui, si ces émirs ne conservent plus qu’un pouvoir symbolique, ils représentent pour les musiciens des protecteurs actifs. A l’exception des musiciens de l’émir, les autres ont un statut semi-professionnel et pratiquent surtout la musique pour célébrer les événements commandités par les princes. Contrairement à l’extrait précédent, la polyphonie vocale est absente des musiques haoussa : les musiciens préfèrent le jeu "à tour de rôle", d’où découle de nombreuses formes responsoriales (sorte de « dialogue » entre différentes parties). Ce chant présenté loue le peuple peul des villes de Yola, à l’Est du Nigeria.

La musique warrior : Music of the Dagomba from Ghana / Smithsonian Folkways Recordings
Au nord du Ghana, les populations sont extrêmement mobiles. Il existe ainsi un brassage culturel très riche dont la musique, fruit de nombreuses influences voisines aux Dagomba, représente un bon exemple. Cet album regroupe des enregistrements réalisés non seulement au Nord du Ghana, mais aussi sur un territoire beaucoup plus large. En suivant les musiciens migrants, Verna Gillis propose un tableau sonore des diverses expressions musicales Dagomba. Brian Shimkovitz : “Les Dagomba du Nord du Ghana ont toujours été intéressants pour moi. Ils vivent dans une région qui change très rapidement et où l’agriculture est devenue plus difficile. En général, les différents groupes ethniques du Ghana jouent des cornes et des xylophones, le plus souvent en solo ou en duo, à la différence des communautés vivant en forêt. Voilà un exemple de ce que j’aime."


© musée du quai Branly, photo Pomme Célarié

© musée du quai Branly, photo Pomme Célarié

© musée du quai Branly, photo Cyril Zannettacci